Légalisation du cannabis au Canada : des effets majeurs chez les femmes enceintes

6
Légalisation du cannabis au Canada : des effets majeurs chez les femmes enceintes
Légalisation du cannabis au Canada : des effets majeurs chez les femmes enceintes

Africa-Press – Benin. Le 17 octobre 2018, la Loi sur le cannabis (Loi C-45) permettait aux Canadiens âgés d’au moins 18 ans de cultiver, posséder et consommer du cannabis à des fins récréatives. Une première dans un pays occidental, cinq ans après l’Uruguay, pionnier en la matière.

Depuis la promulgation de cette loi, constate-t-on au Québec plus de troubles liés au cannabis chez les femmes enceintes ? C’est la question que s’est posée une équipe de recherche dirigée par le professeur José Ignacio Nazif-Munoz, de l’Université de Sherbrooke (Québec). Elle a fait l’objet d’une étude publiée le 20 juin 2024 dans la revue scientifique Addiction.

Le chemin vers l’autorisation du cannabis au Canada

Au Canada, comme dans de nombreux pays, la légalisation pour l’usage du cannabis est le résultat d’un long processus historique marqué de changements sociaux, politiques et législatifs. Le cannabis est ajouté à la liste des substances interdites au Canada en 1923.

Dans les années 1960-1970, le cannabis incarne un symbole du mouvement de contre-culture, impulsion contestataire de la jeunesse envers la domination culturelle de la bourgeoisie, autrement dit le mouvement “hippie”.

La consommation de cannabis stimule alors le débat public jusqu’à son autorisation pour raisons médicales dans les années 1990. Le 17 octobre 2018, la Loi sur le cannabis (Loi C-45) est promulguée.

Légalisation du cannabis au Canada. Crédits: AFP – Selim CHTAYTI

“Notre étude souligne l’importance du dépistage universel des troubles liés au cannabis”

Ces travaux révèlent ainsi que le taux de troubles liés au cannabis diagnostiqués chez les femmes enceintes âgées de 15 à 49 ans dans la province canadienne de Québec a augmenté de plus de 20 % après la promulgation de la Loi sur le cannabis, tandis que les taux de tous les autres troubles liés à la drogue et à l’alcool sont restés stables (des données qui proviennent du Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec).

“La consommation de cannabis pendant la grossesse est associée notamment à un risque élevé de naissance prématurée, d’admission en unité de soins intensifs néonatals et de faible poids à la naissance pour le bébé”, affirme José Ignacio Nazif-Munoz dans un communiqué.

Son équipe a mesuré l’évolution des taux mensuels de troubles liés au cannabis diagnostiqués chez la population enceinte au Québec. Avant octobre 2018, le nombre moyen de diagnostics de troubles liés au cannabis (tels que cités par le professeur José Ignacio Nazif-Munoz) par mois était de 14,5 pour 100.000 femmes enceintes. Après octobre 2018, le nombre moyen de diagnostics par mois a grimpé et s’est stabilisé à 23,5 pour 100.000 femmes enceintes.

“Notre étude souligne l’importance du dépistage universel des troubles liés au cannabis. De plus, les femmes enceintes ayant des antécédents de troubles liés au cannabis pourraient bénéficier de dépistages répétés et de conseils adaptés pendant la grossesse”, selon le professeur José Ignacio Nazif-Munoz.

La consommation de cannabis augmente chez les adultes: “un effet générationnel”

Pour expliquer l’augmentation de la consommation de cannabis chez les femmes enceintes, Maria Melchior, directrice de recherche à l’Inserm au sein de l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique (IPLESP), évoque un effet générationnel. “En France, la consommation de cannabis baisse chez les adolescents, mais augmente chez les adultes. Les adolescents qui consommaient du cannabis 10 ou 20 ans en arrière continuent de le faire aujourd’hui. 47 % des adultes âgés de 18 à 64 ans ont déjà consommé du cannabis, dont près de 10 % qui consomment couramment.”

Et si la consommation de cannabis augmente particulièrement chez les adultes, alors évidemment la probabilité qu’une femme en âge de procréer fume du cannabis augmente avec elle. C’est alors que, depuis quelques années, les spécialistes commencent à s’intéresser aux effets de la consommation de cannabis sur le développement des nouveaux-nés.

“Cette étude canadienne observe une augmentation de la consommation des femmes enceintes suite à la légalisation du cannabis, ce qui n’est pas très surprenant. Chez les adultes, on note une augmentation du nombre de consommateurs, mais surtout du niveau de consommation des personnes qui en prenaient déjà !”, s’exclame Maria Melchior.

Les risques du cannabis sur le développement de l’enfant à naître ne sont pas faciles à établir, car confondus avec ceux liés au tabac. “En France, comme dans de nombreux pays, on a tendance à mélanger la résine de cannabis avec du tabac. Les gens qui fument du cannabis fument souvent du tabac en parallèle, ce qui provoque un effet de confusion. Le tabac étant l’un des premiers facteurs de risque de complications pendant la grossesse (lire l’encadré ci-dessous), il est très difficile de distinguer l’effet propre à la consommation de cannabis sur le développement du bébé”, explique la spécialiste.

Tabac et grossesse: des liaisons dangereuses

Fumer du tabac pendant la grossesse expose la mère ainsi que le bébé à de nombreux risques sanitaires. Selon le site officiel de l’Assurance Maladie, le tabagisme augmente le risque de grossesse extra-utérine, de fausse couche mais aussi d’accouchement prématuré. La nicotine et d’autres composants du tabac (hydrocarbures, métaux lourds…) traversent le placenta, phénomène responsable d’anomalies du développement du fœtus. A la naissance, le bébé peut également présenter un poids insuffisant, principalement causé par le passage de monoxyde de carbone (CO) dans le sang du fœtus

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Benin, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here