Syphilis Présente Chez Les Chasseurs-Cueilleurs Il Y A 5500 Ans

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Syphilis Présente Chez Les Chasseurs-Cueilleurs Il Y A 5500 Ans
Syphilis Présente Chez Les Chasseurs-Cueilleurs Il Y A 5500 Ans

Africa-Press – Benin. « Mal des français », « grande vérole », la syphilis a marqué les esprits et stigmatisé les individus des siècles durant et sur tous les continents. Parce que les malades affichaient sur leur chair, les chancres – des ulcérations cutanées – de cette affection sexuellement transmissible, ceux-ci étaient souvent mis au ban de la société, rejetés et frappés de honte. Et d’autant plus, bien sûr, quand ils faisaient partie des couches les plus basses de la société ou qu’ils venaient d’ailleurs. Ce qui n’a pas empêché nobles, monarques et autres illustres figures d’en être frappés et ce, jusqu’à récemment. La liste est longue, parfois sujette à caution, mais parmi les cas les plus sûrement suspectés figurent par exemple François Ier, Charles VIII, Lénine, le dictateur Idi Amin Dada ou le gangster Al Capone qui en mourut…

La syphilis serait finalement 3000 ans plus ancienne

Pour différentes raisons, la maladie reste difficile à étudier, notamment pour ce qui concerne ses formes les plus anciennes. L’agent causal, la bactérie Treponema pallidum, ne laisse pas systématiquement des traces sur les os des squelettes. Heureusement, ces dernières années, les progrès techniques concernant l’étude des ADN anciens ont permis aux travaux de paléogénomique de faire un bond en avant.

C’est justement grâce à cela qu’une équipe internationale de chercheurs a pu remonter le fil de la maladie et identifier la bactérie sur un squelette mis au jour en Colombie et datant d’environ 5500 ans. Leurs analyses viennent d’être publiées dans la revue Science du 22 janvier 2026.

C’est 3000 ans plus tôt que les précédentes découvertes, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle l’infection vient bien des Amériques et y circule depuis bien plus longtemps qu’on ne le pensait.

Le pathogène était dans le tibia

De plus, alors qu’on estimait que l’émergence de l’affection avait été causée par l’intensification des pratiques agricoles et l’accroissement de la population, la nouvelle étude montre qu’elle était déjà présente parmi des populations de chasseurs-cueilleurs.

Le plus souvent, les traces d’un pathogène sont retrouvées dans le matériel génétique contenu dans les dents des squelettes. Mais, cette fois-ci, c’est un tibia qui est à l’origine de la trouvaille. “C’était le seul échantillon osseux que nous avons obtenu de cette fouille menée dix ans plus tôt, explique l’une des autrices de la publication, Anna-Sapfo Malaspinas (Université de Lausanne, Institut Suisse de Bioinformatique, Suisse). Ce qui démontre que des tissus autres que dentaires, et alors même qu’ils ne présentent aucun signe visible de maladie, ce qui est le cas ici, peuvent recéler des indices génétiques majeurs sur l’histoire des pathogènes ayant infecté l’humanité au fil des millénaires ».

Quatre maladies tréponémiques

La bactérie Treponema pallidum se compose de trois sous-espèces responsable de trois maladies différentes: la syphilis, le pian et le bejel, mais seule la première se transmet sexuellement. Une bactérie cousine Treponema carateum est, elle, responsable d’une autre maladie tréponémique, la pinta.

A l’heure actuelle, on ignore où et comment les différentes formes sont apparues. Le Treponema pallidum exhumé en Colombie ne correspond pas aux formes existantes aujourd’hui.

Les chercheurs pensent que cette souche ancienne se serait séparée des autres lignées Treponema pallidium voilà 13.700 ans tandis que les trois sous-espèces modernes auraient divergé plus récemment il y a 6000 ans. “Il reste encore quantité de questions, dit Anna-Sapfo Malaspinas. Quelle proportion des autres squelettes présents sur le lieu de la fouille et dans les sites alentour a été infectée? Quel était le vecteur animal responsable de la transmission, des rongeurs ou des lièvres comme on le suspecte? Quelle était la pathogénicité de cette maladie? »

En recrudescence dans le monde

Si les nouveaux indices génomiques recueillis sur ce tibia colombien ne résolvent pas l’intégralité des énigmes entourant l’histoire des agents pathogènes tréponémiques, ils mettent en lumière leur très longue histoire évolutive.

Histoire qui ne semble pas près de s’arrêter, car la syphilis est loin d’avoir disparu. Elle serait même en augmentation dans différents coins du globe, particulièrement en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, mais également en Europe et en Chine. Aux Etats-Unis, le taux d’incidence a été multiplié par 3 ces dix dernières années. Et ne croyons pas la France épargnée. Selon l’Institut de veille sanitaire (Invs), le taux de personnes testées pour la syphilis est en augmentation chez les jeunes et les adultes, et tout particulièrement les hommes, depuis 2014.

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