Africa-Press – Burkina Faso. Jouant sur une culture commune d’ancien colonisé et de non-aligné, l’éléphant indien continue à avancer des pions en Afrique en s’appuyant sur son secteur privé dynamique, sa diaspora entreprenante et la puissance financière d’Exim Bank of India, le bras financier de l’État.
L’Inde a investi plus de 75 milliards de dollars en Afrique entre 1996 et 2024, se classant ainsi dans le Top 5 des principaux investisseurs sur le continent, a annoncé le ministre d’État indien aux Affaires étrangères, Kirti Vardhan Singh, le mercredi 27 août 2025.
« Avec des investissements cumulés de plus de 75 milliards de dollars entre 1996 et 2024, l’Inde se classe parmi les cinq premiers investisseurs en Afrique, tandis que les échanges commerciaux bilatéraux ont dépassé les 100 milliards de dollars au cours de l’exercice fiscal 2024-2025 (1er avril-31 mars), contre 56 milliards de dollars durant l’exercice 2019-2020 », a-t-il souligné, lors de la session inaugurale du 20e Conclave d’affaires Inde-Afrique de la Confédération indienne de l’Industrie (CII India-Africa Business Conclave) qui s’est tenue du 27 au 29 août à New Delhi.
M.Singh a également indiqué que l’Inde a accordé plus de 12 milliards de dollars de prêts concessionnels et 700 millions de dollars d’aide sous forme de subventions pour des projets de développement en Afrique, ainsi que 50 000 bourses d’études à des jeunes africains, dont plus de 42 000 ont déjà été utilisées.
Le ministre a souligné que l’Afrique continue de jouer un rôle important dans la politique étrangère de l’Inde, rappelant que l’Union africaine (UA) a obtenu le statut de membre permanent du G20 pendant la présidence indienne. « Nous mettons l’accent sur la place légitime de l’Afrique à la table des grandes puissances mondiales », a-t-il déclaré.
Le responsable indien a par ailleurs invité les pays africains à rejoindre la Coalition pour des infrastructures résilientes aux catastrophes (Coalition for Disaster Resilient Infrastructure – CDRI), et l’Alliance solaire internationale (International Solar Alliance, ASI) afin de « renforcer la collaboration dans les domaines du climat et des énergies propres ».
Sécuriser l’approvisionnement en matières premières
Lancée à l’occasion du Sommet Action Climat de l’ONU en 2019 à l’initiative du Premier ministre indien, Narendra Modi, la Coalition pour une infrastructure résiliente face aux catastrophes est un partenariat entre les autorités nationales, les agences des Nations Unies, les banques multilatérales de développement et le secteur privé, qui finance le développement rapide d’infrastructures résilientes face aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles dans les pays à tous les stades de développement.
Imaginée par l’Inde et la France, lors de la COP21, l’Alliance solaire internationale est destinée à diminuer le coût de l’énergie solaire dans les pays situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne (300 jours d’ensoleillement par an en moyenne), mais qui ne disposent pas des financements et de l’expertise nécessaires pour exploiter au maximum la manne céleste.
En Afrique, l’Inde n’est pas, en effet, en terra incognita. Les relations indo-africaines remontent à plus de deux millénaires, lorsque des voiliers traversaient la mer d’Arabie pour approvisionner en épices le royaume d’Aksoum, qui était jadis un État prospère de la Corne de l’Afrique localisé au nord de l’Éthiopie, de Djibouti et dans l’actuelle Érythrée.
Durant la période coloniale, des centaines de milliers de travailleurs indiens sous-contrats individuels (indenture labour) se sont installés dans des pays d’Afrique de l’Est et australe, formant le noyau de l’actuelle diaspora indienne en Afrique qui compte plus de 3,5 millions de personnes.
Soucieux d’apparaître comme un ami plus qu’un prédateur, le sous-continent propose à l’Afrique un partenariat fondé sur « l’égalité » et le « transfert des connaissances et des technologies ». Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, car s’il est vrai que certains contrats conclus entre des firmes indiennes et des pays africains comprennent des clauses prévoyant la formation et le transfert des technologies, il n’en demeure pas moins que les beaux discours aux accents fraternels que tiennent les dirigeants indiens sur la coopération sud-sud cachent une volonté de sécuriser l’approvisionnement de leur pays en matières premières.
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