Ouagadougou : Des commerçants déguerpis demandent à l’Etat de faire preuve d’humanisme

Ouagadougou : Des commerçants déguerpis demandent à l'Etat de faire preuve d'humanisme
Ouagadougou : Des commerçants déguerpis demandent à l'Etat de faire preuve d'humanisme

Africa-PressBurkina Faso. A Ouagadougou, comme dans d’autres grandes villes du Burkina Faso, il est fréquent de rencontrer des commerces aux abords des voies publiques. Si l’Etat a pris des mesures ces dernières années pour règlementer l’occupation de ces voies publiques, des commerçants victimes de déguerpissement lui demandent d’être plus humaniste. Dans la matinée du mardi 15 juin 2021, nous avons rencontré certains d’entre eux dans les quartiers ouagalais de Cissin et Pissy.

De nombreux commerçants ont été déguerpis ces derniers mois des abords des voies publiques. D’autres déguerpissements sont annoncés dans les semaines à venir. En procédant ainsi, les autorités municipales espèrent l’assainissement de ces espaces « anarchiquement » occupés. Dans cette dynamique, plusieurs opérations de déguerpissement ont eu lieu à Ouagadougou et dans d’autres villes. Saluées par une partie de l’opinion publique, ces opérations sont souvent déplorées par les commerçants qui se trouvent dans le collimateur de la police municipale.

En 2019, au quartier Cissin, la construction de la voie bitumée longeant le mur de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) jusqu’à la résidence de Oumarou Kanazoé, en passant par la clinique Suka, avait contraint les commerçants installés à abandonner les lieux.

« Si je dis que ce n’est pas dur, je n’aurai pas dit la vérité. Quand on menait nos activités avant la construction de la route, ils sont venus nous recenser avec un appareil en disant qu’ils reviendront accompagnés du maire pour s’entretenir avec nous. Mais il n’y a pas eu de suite. Nous leur avons demandé si nous devons quitter les lieux. Ils ont répondu par la négative. Après cela, ils sont revenus un autre jour en nous prenant au dépourvu aux environs de 10 heures, nous demandant de débarrasser le plancher. Lorsque tu as un endroit fixe pour exercer ton activité commerciale et qu’on vient te dire de partir tout d’un coup, c’est difficile », s’est indigné Ousmane Kaboré, avant d’ajouter que les autres déguerpis et lui pensaient bénéficier d’une aide de la part des autorités après leur recensement.

Il précise que cette situation l’a beaucoup affecté : le marchand de produits divers qu’il est, a assisté impuissant, à la péremption de la quasi-totalité de ses marchandises.

Rasmané Pognogo, un autre déguerpi de la même zone, confirme les propos de Ousmane Kaboré. Il renchérit cependant en demandant à l’Etat de voir s’il est possible de leur attribuer des espaces où ils pourront reprendre leurs activités commerciales.

Un peu plus loin dans le quartier Pissy, voisin de Cissin, des marchands étaient installés tout le long du mur de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA). Eux non plus n’ont pas échappé aux opérations de ‟balayage” des forces de l’ordre.

Sur les lieux, nous rencontrons l’un d’entre eux. Il s’appelle Zakaria Ouédraogo. Il était marchand de vêtements avant l’opération de déguerpissement. Il nous retrace l’histoire de sa mésaventure.

« C’était le 18 mars 2021, se rappelle-t-il. Nous avons été convoqués par la police municipale à la mairie de l’arrondissement 8 de Ouagadougou à 15h. Nous avons répondu à l’appel. Mais dès notre arrivée, ils nous ont donné neuf jours, c’est-à-dire jusqu’au 27 mars, pour libérer l’espace. Nous avons néanmoins plaidé pour un délai raisonnable afin de pouvoir prendre nos dispositions. Ils ont refusé. Persévérant dans notre démarche, nous avons obtenu seulement deux semaines pour partir », a-t-il déclaré avant de confier : « Certains s’étaient réinstallés ailleurs sans succès parce qu’ils ont encore une fois de plus reçu la visite des agents de la police municipale. Et aujourd’hui nous sommes tous en difficulté ».

Il souhaite que le gouvernement tienne compte de toutes les couches sociales de la société (le menuisier, le maçon, l’ouvrier …) parce qu’ils sont tous des citoyens burkinabè et que leurs activités contribuent au développement socioéconomique du pays.

Il suggère de ce fait que l’Etat revoie cette manière de faire en informant au préalable les commerçants tout en prenant des dispositions, de sorte que les conséquences du déguerpissement ne soient pas désastreuses.

Il propose donc que le délai soit raisonnable, qu’un espace leur soit attribué afin de poursuivre leurs commerces et que, si possible, une aide financière leur soit accordée afin de limiter les dommages infligés aux marchands à travers ces mesures.

Il interpelle les autorités à avoir un regard particulier sur ces citoyens déguerpis du lieu de leurs activités, tout en cherchant à savoir ce qu’ils deviennent. Car face aux difficultés de la vie dit-il, « lorsqu’on est contraint au point d’être abattu, l’instinct de survie peut pousser à emprunter le mauvais chemin. »

 

 

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