Charles Henry Turner, entomologiste et pionnier de la cognition des insectes

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Charles Henry Turner, entomologiste et pionnier de la cognition des insectes
Charles Henry Turner, entomologiste et pionnier de la cognition des insectes

Africa-Press – Burundi. Quel est ce brillant zoologue du XIXe siècle qui, le premier, s’intéressa à la cognition animale et surtout celle des insectes ? Charles Henry Turner, en raison de ses origines afro-américaines, est resté dans l’ombre et fut très probablement délibérément ignoré et oublié par ses contemporains, victime de la discrimination raciale. Pourtant, avec sa soif de savoir, sa rigueur et son enthousiasme, l’entomologiste contribua tout au long de sa vie à démanteler progressivement les croyances qui envenimèrent la société dans laquelle il vécut.

Charles Henry Turner est l’une des grandes figures de la science malheureusement oubliées. Né en 1867, deux ans après la fin de la Guerre civile, il consacra sa vie à l’étude des animaux, de leur anatomie, de leurs comportements, de leurs perceptions et de leur intelligence.

Scientifique passionné, travaillant sans relâche pour alimenter sa discipline, il a battu de nombreux records, produisit d’innombrables publications, mais il fut également confronté à une société qui refusa de lui accorder le crédit qu’il méritait. Car Charles Henry Turner était le fils d’un gardien d’église et d’une infirmière, tous deux afro-américains ; ses parents, très tôt cependant, lui transmirent l’amour de l’apprentissage et bientôt, celui de l’éducation.

L’intuition d’un pionnier et d’un travailleur acharné

Turner fut le premier diplômé afro-américain de l’université de Cincinnati lorsqu’il obtint son master en 1886, puis devint possiblement le premier à recevoir un doctorat en zoologie de l’université de Chicago, avec les honneurs, en 1907. Durant toute sa vie, jonchée d’aléas parfois dramatiques, il produisit plusieurs articles par an, un rythme de production bien supérieur à celui de ses pairs de l’époque.

Son tout premier article a été édité dans la prestigieuse revue Science, dont il fut possiblement le premier contributeur afro-américain, il y démontra son application et sa rigueur en publiant un travail de plus de 100 pages sur l’anatomie du cerveau chez les oiseaux, copieusement agrémenté d’illustrations détaillées. Il se distingua en 1892, avec un article sur la construction des toiles d’araignées qui fit de lui le premier auteur de psychologie comparée afro-américain.

Enchaînant les publications dans Science, il prit part à la rédaction, avec son mentor Clarence Herrick, d’un volume de 500 pages sur les Entomostraca, une sous-espèce de crustacés vivant dans la région. Turner découvrit également plusieurs nouvelles espèces marines dans les eaux de Cincinnati.

Les insectes ? de simples nuisibles sans cervelle ?

Entomologiste passionné, il s’intéressa à toutes sortes de créatures : papillons de nuit, cafards, guêpes, vers, ou encore fourmis. On pense qu’il fut le premier à tester le conditionnement pavlovien chez les insectes ; il découvrit que ceux-ci sont capables de percevoir les sons, de former des souvenirs, des pensées individuelles, peut-être même des émotions, d’exercer un libre arbitre distinct du simple acte réflexe ou instinctuel, il souligna l’importance de collecter des données dans la nature plutôt que dans un laboratoire, il instaura une méthodologie rigoureuse incorporant des conditions contrôles…

“Les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ?”

Après avoir rassemblé des années durant les données sur les abeilles, le 18 juillet 1910, il mit fin au débat qui anime le milieu des entomologistes depuis des décennies, à savoir : les abeilles sont-elles capables de distinguer les couleurs ? Il put prouver que les abeilles sont bel et bien capables de discriminer les fleurs en fonction de leurs couleurs pour optimiser leur collecte.

« Après avoir étudié le sujet sous tous les angles possibles, je suis parvenu à la conviction que ni la fourmi grouillante, ni l’abeille volante, ni la guêpe chasseresse ne sont guidées par un mystérieux instinct, ou une combinaison de tropismes, ou uniquement par la mémoire musculaire, mais par quelque chose que chacun acquiert par expérience », déclarait-il.

Un pédagogue hors pair

Parallèlement à sa vocation de zoologue, Charles Henri Turner se passionne pour la pédagogie et l’éducation. En dépit d’une renommée qui s’étend jusqu’en Europe, Turner n’a jamais été nommé professeur d’université malgré son doctorat obtenu avec les honneurs. Enseignant au lycée Sumner de Saint-Louis, le premier lycée afro-américain fondé à l’est du Mississippi, il a été très investi dans la lutte pour les droits civiques à Saint-Louis et pour l’égalité des droits et l’accès à l’éducation.

En 1923, à l’âge de 55 ans, Charles Turner s’est éteint laissant derrière lui plus de 70 publications académiques, un héritage précieux pour les zoologues, les éthologues et les biologistes, mais pas la moindre trace de ses contributions dans les livres d’Histoire.

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