Le parlement tunisien a approuvé le projet de loi sur le plan de développement pour la période 2026-2030, à la majorité des voix, après une journée de débats prolongés qui ont vu des positions variées parmi les députés, certains soutenant que le plan constitue un cadre pour orienter les politiques économiques au cours des cinq prochaines années, tandis que d’autres ont remis en question la réalité de ses hypothèses et la capacité de l’État à réaliser les projets annoncés face aux pressions financières auxquelles le pays est confronté.
Le plan quinquennal est le premier document de développement adopté par l’État selon la nouvelle méthode qui découle des propositions émises par les conseils locaux et régionaux, avant d’être regroupées et formulées dans un document national complet par le ministère de l’Économie et de la Planification. Le gouvernement mise sur le fait que le plan constituera une feuille de route pour les politiques économiques et sociales durant la période 2026-2030, visant à augmenter le rythme de croissance, stimuler l’investissement, réduire les disparités entre les régions et améliorer les indicateurs d’emploi et de services essentiels.
Le plan repose sur la mobilisation d’investissements atteignant 102 milliards de dinars (35 milliards de dollars) sur cinq ans, avec pour objectif d’atteindre un taux de croissance économique annuel de 4,2 %, ce que le gouvernement considère comme nécessaire pour créer de nouveaux emplois, améliorer les revenus et réduire les déséquilibres économiques. Le programme comprend des milliers de projets répartis sur différentes régions, incluant le développement des infrastructures, des transports, de la santé, de l’éducation, de la numérisation et de l’agriculture, ainsi que des projets dans les secteurs de l’eau et de l’énergie visant à améliorer les services essentiels et à soutenir le développement local. Le plan met également l’accent sur le renforcement de l’investissement privé, l’encouragement des initiatives locales, le développement de l’économie verte et des énergies renouvelables, et l’amélioration du climat des affaires, en plus de soutenir les petites et moyennes entreprises.
Le ministre de l’Économie et de la Planification, lors de la discussion du projet, a affirmé que le plan représente une rupture avec les approches précédentes, car il repose pour la première fois sur des propositions soumises par les conseils locaux et régionaux, permettant ainsi d’inclure des projets au bénéfice des régions intérieures qui ont souffert pendant des décennies d’un manque d’investissement public. Il vise également à réduire les disparités de développement entre les régions, améliorer les réseaux de transport, de routes et de chemins de fer, soutenir la sécurité de l’eau et améliorer la qualité des services de santé et d’éducation.
Critiques sur les hypothèses de financement
Malgré l’approbation du projet, la séance parlementaire a été marquée par de vives critiques de la part de plusieurs députés qui estiment que le plan contient des objectifs ambitieux sans fournir de garanties suffisantes concernant ses sources de financement. Un membre du parlement a déclaré que le plan gouvernemental n’a pas présenté de scénarios alternatifs en cas de détérioration de la conjoncture économique mondiale, d’augmentation des prix de l’énergie ou de baisse de la demande extérieure. Certains députés ont estimé que le Conseil des députés s’est retrouvé face à un document prêt à l’emploi qui ne peut être modifié, considérant que voter pour cela revient à “donner un chèque en blanc” au gouvernement pour cinq ans, en l’absence de mécanismes clairs de suivi et d’évaluation.
Les députés ont également souligné que le budget d’investissement public pour l’année 2026 ne dépasse pas environ 6,8 milliards de dinars, ce qui soulève, selon eux, des questions sur la manière de fournir le reste des financements nécessaires à la réalisation des milliers de projets programmés. Plusieurs ont appelé à donner la priorité aux grands projets capables de provoquer une transformation économique, comme le développement du réseau ferroviaire, la réalisation du port de Enfidha et l’extension de l’aéroport de Tunis-Carthage, plutôt que de disperser les ressources sur un grand nombre de petits projets.
La séance n’a pas été exempte d’une atmosphère de protestation, car le bloc “Pour que le peuple triomphe” a annoncé son boycott de ses travaux, considérant que le plan ne reflète pas suffisamment les résultats des conseils locaux et régionaux. De plus, un certain nombre de députés ont organisé une manifestation à l’intérieur de la salle du parlement pour demander des solutions urgentes à la crise d’approvisionnement en eau, estimant que le plan ne propose pas de stratégie claire pour traiter ce dossier vital.
En revanche, la commission de planification stratégique du parlement a recommandé de soumettre l’exécution du plan à un suivi régulier, en demandant au gouvernement de présenter un rapport annuel au parlement sur l’avancement de la réalisation des projets et les taux d’exécution, ce qui permettrait d’évaluer la performance et d’apporter les modifications nécessaires le cas échéant.
Les autorités tunisiennes comptent sur la fourniture de plus de 90 % de la valeur de ces investissements programmés dans le nouveau plan de développement à partir des ressources publiques, avec une participation très limitée du secteur privé, alors que les prévisions du Fonds monétaire international indiquent que l’économie tunisienne continuera de connaître une stagnation pendant les années à venir. Les prévisions du rapport annuel sur “Perspectives de l’économie mondiale” publié par le FMI concernant l’économie tunisienne montrent que le taux de croissance réel du produit intérieur brut atteindra 2,1 % en 2026, puis diminuera à 1,6 % en 2027, pour se stabiliser autour de 1,5 % au cours des années suivantes jusqu’en 2031.





