Législatives en Algérie: Exclusion Inédite de Candidats

9
Législatives en Algérie: Exclusion Inédite de Candidats
Législatives en Algérie: Exclusion Inédite de Candidats

Othmane Lahiani, écrivain algérien

Africa-Press. Les élections législatives algériennes prévues pour le 2 juillet prochain connaissent un processus de vérification sans précédent des dossiers des candidats sur les listes des partis et des indépendants, ayant entraîné une série de décisions d’exclusion de plus de 300 candidats jusqu’à présent, dont un grand nombre de députés ayant présenté leur candidature pour un second mandat. Cela survient alors qu’il est prévu que le nombre total des exclus atteigne un niveau sans précédent dans l’histoire des élections en Algérie, en raison de l’application de l’article 200 de la loi électorale, qui prévoit l’exclusion en cas de soupçon de corruption ou d’influence sur l’éthique de l’action politique.

Les partis politiques participant aux prochaines élections législatives en Algérie ont été surpris par les décisions de l’autorité électorale excluant un grand nombre de leurs candidats dans les wilayas, où l’autorité a exclu la moitié des candidats dans certaines listes, voire plus.

Le parti du Rassemblement national démocratique, issu de la coalition gouvernementale et présidentielle, est jusqu’à présent en tête de liste des partis dont les candidats ont été rejetés. Dans la wilaya de Boumerdès, près de la capitale algérienne, l’autorité a rejeté neuf candidats sur 14 dans la liste du parti. Dans la wilaya de Chlef, à l’ouest de l’Algérie, l’autorité électorale a rejeté les dossiers de six candidats sur 14 dans la liste du Mouvement de la société pour la paix, tandis que l’autorité a exclu cinq candidats du Front de l’avenir dans la wilaya de Constantine, à l’est du pays, et le Mouvement de la construction nationale a perdu quatre candidats dans la wilaya d’Aïn Defla. De plus, six candidats ont vu leurs dossiers rejetés dans la liste du Front de libération nationale dans la wilaya de Djelfa, au centre du pays.

Le rythme des décisions de rejet des candidatures se poursuit de cette manière dans toutes les wilayas, l’autorité électorale ayant annoncé qu’elle avait exclu jusqu’à samedi dernier, 269 candidats (sur un total de 1235 candidats), après avoir examiné 101 listes sur 846, ce qui signifie que le nombre des exclus a dépassé 20 % jusqu’à présent, alors qu’il était habituel que le nombre des rejetés dans l’ensemble des listes de chaque wilaya ne dépasse pas le nombre de doigts de la main.

Inquiétudes concernant les impacts sur la performance électorale

Le politologue Nasreddine Ben Hadid a déclaré: “En réalité, les rapports provenant des wilayas concernant le traitement des dossiers sont frappants, il y a un rejet sans précédent d’un grand nombre de candidats, et avec ce rythme, nous pourrions atteindre le rejet de la moitié des candidats, ce qui signifie qu’il y a une grande rigueur, que les partis pourraient considérer comme excessive dans le traitement des dossiers des candidats, ce qui constituera un lourd fardeau pour les partis.” Ben Hadid a également souligné qu’il existe “de sérieuses inquiétudes quant à l’impact que cela pourrait avoir sur le rythme de la campagne électorale et sur la performance électorale avant et pendant le scrutin du 2 juillet, en raison du retrait d’un grand nombre de candidats, dont certains représentent la principale colonne vertébrale des listes des partis dans les wilayas, comme les députés candidats.”

Les exclusions se basent généralement sur l’article 200 de la loi électorale, dont le contenu est large et indéfini, permettant d’exclure les candidats en raison de soupçons de corruption ou de liens avec des milieux d’argent politique. L’article stipule que “le candidat ne doit pas être connu du public pour ses liens avec des milieux d’argent et d’affaires douteuses, ou pour son influence, directe ou indirecte, sur le choix libre des électeurs”, des soupçons que l’autorité peut utiliser pour exclure des candidats même sans preuve concrète, qu’il s’agisse d’une condamnation judiciaire ou d’une enquête en cours à leur encontre. Les partis politiques avaient exprimé leurs inquiétudes bien avant l’adoption de la loi électorale en 2021, puis la modification de cette loi au début du mois d’avril dernier, concernant le manque de clarté de cet article.

Il est à noter cette fois que les décisions d’exclusion ont particulièrement touché un grand nombre de députés actuels, qui ont présenté leur candidature pour un second mandat, avec plus de 60 députés ayant été exclus jusqu’à présent dans les 69 wilayas, selon les dispositions de l’article 200 de la loi électorale.

La loi électorale accorde aux candidats trois jours pour faire appel de la décision d’exclusion auprès du tribunal administratif, qui examine leur recours à deux niveaux, en première instance et en appel. Lors des élections précédentes, très peu de candidats ayant fait appel ont obtenu des décisions favorables les réintégrant dans la course électorale.

L’autorité électorale accorde aux partis politiques un délai jusqu’au 6 juin prochain pour présenter d’autres candidats en remplacement de ceux qui ont été exclus, en veillant à ce qu’ils respectent les mêmes critères liés à la parité d’âge (moins de quarante ans), au niveau universitaire, et à la représentation féminine obligatoire dans chaque liste.

Alors que les autorités justifient cette approche par la nécessité d’un contrôle préventif contre toute infiltration de personnes liées à la corruption ou faisant l’objet de soupçons de nature sécuritaire ou politique, un seul parti a exprimé des critiques concernant le traitement des listes de candidats dans les wilayas, après que le Mouvement de la société pour la paix a publié un communiqué, dimanche, affirmant qu’il “enregistre avec une grande inquiétude et une gravité croissante l’expansion de l’application arbitraire de l’article 200 dans le traitement des dossiers des candidats, et les conséquences qui en résultent, avec l’exclusion d’un certain nombre de candidats sans se fonder sur des preuves légales claires ou des décisions judiciaires définitives, ce qui constitue une atteinte grave aux droits politiques et constitutionnels des citoyens, et ouvre la voie à une utilisation administrative sélective de la loi qui compromet le principe de justice et d’égalité des chances et nuit à la crédibilité des élections.”

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici