Africa-Press. Un rapport analytique publié par Middle East Monitor a critiqué les efforts des Nations unies visant à parvenir à un règlement politique de la crise libyenne à travers ses missions successives sur une période de 15 ans, estimant que la Libye a constitué depuis 2011 un « champ d’expérimentation politique » coûteux et répétitif.
Rotation des envoyés et impasse récurrente
Selon le rapport, 11 envoyés onusiens se sont succédé en Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Chaque envoyé, le dernier en date étant Hanna Tetteh, arrive avec des promesses d’une « feuille de route finale » vers la stabilité, qui se soldent toutefois par la même impasse. Ce qui avait été conçu comme un pont vers un État démocratique et souverain s’est transformé en un « enracinement d’un chaos gelé ».
Solutions externes et réalité locale sensible
Le rapport estime que les solutions élaborées à Genève, Skhirat ou Tunis ignorent souvent la sensibilité de la réalité sur le terrain. Le résultat est un État enlisé dans une transition permanente et un équilibre fragile, marqué par des administrations concurrentes, des appareils sécuritaires fragmentés et des intérêts étrangers qui trouvent dans ce statu quo — qualifié par le rapport de « confortable et opportuniste » — un terrain favorable.
Dialogue structuré et accusation d’aggravation de la fragmentation
Le rapport souligne que les dialogues structurés facilités par la Mission d’appui des Nations unies en Libye depuis fin 2025 représentent « l’expérience la plus récente et la plus dommageable », car ils ont, selon lui, créé une incitation à approfondir la fragmentation institutionnelle au lieu de renforcer une vision nationale ouvrant la voie à des élections législatives et présidentielles. Il note que la faiblesse de ce processus réside dans le fait qu’il produit de simples « recommandations » dépourvues de force juridique contraignante et de cadre d’exécution.
Mise en garde contre une séparation judiciaire et son impact électoral
Le rapport poursuit en indiquant qu’un nouveau conflit se forme autour du pouvoir judiciaire, avec des revendications concurrentes de légitimité constitutionnelle, ce qui menace de transformer le blocage politique en une « séparation judiciaire permanente ». Il estime que ce processus n’a pas unifié l’État, mais a contribué à créer des frictions qui ont poussé la Chambre des représentants libyenne à activer une Cour constitutionnelle suprême à Benghazi, « entérinant ainsi une séparation judiciaire » et laissant la Libye sans autorité unique reconnue pour trancher les litiges juridiques. Selon le rapport, cela constitue un « coup fatal » à toute feuille de route électorale, faute d’une instance neutre pour valider les résultats ou statuer sur les recours constitutionnels, dans un contexte d’absence persistante de Constitution.
Le cessez-le-feu, seul acquis
Le rapport indique que le cessez-le-feu de 2020 reste « le seul acquis majeur » à ce jour, mais qu’il s’agit d’une « paix sans objectif ». Il considère que la communauté internationale, en institutionnalisant des dialogues temporaires et non contraignants, a créé un environnement gelé incitant les acteurs politiques à demeurer dans une transition permanente, où le « progrès » se mesure au nombre de réunions plutôt qu’à la stabilité réelle.
Méga-accord énergétique et paradoxe de la légitimité
Le rapport décrit le récent accord de 20 milliards de dollars entre la Libye, la France et les États-Unis comme une illustration du « paradoxe du chaos gelé ». Il estime que les puissances internationales sont prêtes à signer des contrats à long terme avec le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah malgré les controverses entourant sa légitimité juridique, tandis que l’attention se concentre sur des comités de dialogue interminables sur la gouvernance et les droits de l’homme.
Réalisme pragmatique et message ambivalent aux acteurs libyens
Le rapport ajoute que le comportement de la communauté internationale reflète un éloignement du multilatéralisme au profit d’un « réalisme pragmatique », citant la diplomatie de Massad Boulos, principal conseiller de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, et ses récentes rencontres avec des responsables du gouvernement Dbeibah et des dirigeants militaires. Ce type d’interaction envoie, selon le rapport, un double message: la plateforme des Nations unies est formellement dédiée à la construction de la paix, tandis que les « véritables clés de la légitimité » résident sur le terrain, dans les armes et les revenus.
Un champ d’expérimentation et d’erreurs internationales
Le rapport conclut que la Libye est restée un « champ d’expérimentation et d’erreurs internationales » au lieu de devenir un État souverain doté d’un cadre juridique unifié. Il estime que le dialogue structuré restera « aveugle » et continuera de produire davantage de « chaos gelé », bien qu’il ait été conçu en apparence pour le démanteler.





