Burkina Faso: Loi pour Mobiliser 100 000 Civils

10
Burkina Faso: Loi pour Mobiliser 100 000 Civils
Burkina Faso: Loi pour Mobiliser 100 000 Civils

Africa-Press. L’assemblée législative du peuple au Burkina Faso a adopté un projet de loi concernant le statut de la réserve militaire, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à soutenir l’armée face aux groupes armés actifs dans le pays.

Cette évolution survient alors que les défis sécuritaires auxquels fait face Ouagadougou se sont intensifiés ces dernières années, avec la poursuite des attaques menées par des groupes extrémistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans la région du Sahel. Cela a conduit les autorités de transition à adopter une approche axée sur la mobilisation des ressources nationales et l’élargissement de la participation populaire à la défense du pays.

Les députés de l’assemblée législative ont adopté le projet de loi mardi, lors d’une séance plénière présidée par le président de l’assemblée, Osman Bougouma, avec un consensus total des membres du conseil. Cette étape a été qualifiée par les autorités de moment décisif dans le renforcement de la défense nationale et de la sécurité intérieure.

Le gouvernement a affirmé que le nouveau texte offre un cadre juridique organisé et adapté à la réalité nationale dans les domaines de la défense et de la réserve militaire, permettant ainsi de développer un système de mobilisation capable de répondre rapidement aux menaces sécuritaires croissantes.

La commission des affaires étrangères, de la défense et de la sécurité, qui a étudié le projet, estime que la loi reflète un “engagement national fort” pour préserver l’intégrité territoriale burkinabé et renforcer la sécurité du pays. Elle souligne que le texte va au-delà des simples dispositions administratives pour construire une vision de défense à long terme basée sur la mobilisation des citoyens et le renforcement des liens entre l’armée et la société.

La nouvelle loi organise la réserve militaire en deux composantes principales. La première est la réserve de premier degré, qui comprend les anciens militaires, les membres de la police et les anciens volontaires pour la défense de la patrie, des individus ayant une expérience militaire ou sécuritaire antérieure et pouvant être mobilisés rapidement en cas de besoin.

La réserve de deuxième degré inclut les citoyens volontaires et les anciens conscrits du service national, qui devront suivre des formations progressives et spécialisées pour les préparer à participer au soutien des opérations de défense et de sécurité.

Selon les autorités, ce nouveau système vise à créer une force de réserve organisée et rapidement mobilisable, renforçant ainsi les capacités opérationnelles des forces armées nationales et fournissant un soutien humain supplémentaire en cas d’urgence ou d’escalade sécuritaire.

L’objectif le plus marquant du projet est l’annonce par les autorités de leur intention de recruter et de former 100 000 réservistes d’ici la fin de l’année 2026, dans le cadre d’un vaste plan gouvernemental visant à renforcer les capacités de défense nationale.

Le ministre de la guerre et de la défense nationale, le général Celestin Simburi, avait annoncé fin avril dernier que le pays s’efforcera de former “tous les citoyens capables de combattre” et de les mobiliser en cas de besoin au sein des forces de réserve.

Simburi a déclaré que cette initiative s’inscrit dans le cadre de ce qu’il a qualifié de “révolution populaire progressiste”, qui repose sur la mobilisation des citoyens pour défendre la patrie et participer à la lutte contre les crises sécuritaires et humanitaires.

Il a ajouté que les évolutions internationales actuelles obligent le Burkina Faso à renforcer sa souveraineté sécuritaire, considérant que “la force a pris le pas sur la loi” dans le système international actuel, ce qui justifie la nécessité de construire un mécanisme permanent de mobilisation nationale.

Ces réformes interviennent à un moment où le Burkina Faso fait face à l’une des crises sécuritaires les plus complexes de son histoire récente, le pays connaissant depuis 2015 une augmentation continue des attaques des groupes armés, notamment dans les régions nord, est et frontalières avec le Mali et le Niger.

Les violences au cours des dernières années ont causé des milliers de morts et le déplacement de plus de deux millions de personnes, tandis que l’État a perdu le contrôle total sur de vastes portions de territoire, selon des estimations d’organisations internationales et de rapports de sécurité.

Malgré les opérations militaires en cours, les groupes extrémistes restent capables de mener des attaques contre l’armée, les civils et les infrastructures, ce qui a poussé les autorités à rechercher de nouveaux outils pour renforcer la présence sécuritaire et élargir la base humaine des forces armées.

L’adoption de la loi coïncide également avec d’importants bouleversements géopolitiques dans la région du Sahel, où le Burkina Faso a commencé à redéfinir ses alliances régionales après avoir mis fin à la coopération militaire avec la France et expulsé les troupes françaises de son territoire.

Ouagadougou a également renforcé ses liens avec le Mali et le Niger, qui sont également sous régime militaire, dans le cadre d’une “alliance des États du Sahel” que les trois pays cherchent à établir pour construire une coopération sécuritaire et politique indépendante de l’influence occidentale traditionnelle.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici