Africa-Press. Le président de la transition au Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a lancé l’un de ses avertissements les plus fermes à ce jour concernant ce qu’il appelle l’extrémisme religieux, affirmant que “l’islam radical” n’a pas sa place dans le pays. S’adressant aux prédicateurs qu’il accuse de radicalisme, il a déclaré: “Si c’est cela votre islam, nous le combattrons… Les extrémistes doivent changer, et s’ils ne le font pas, la bataille a commencé.”
Traoré a souligné que la religion doit attirer ses adeptes par de bonnes actions et non par la peur ou la violence, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles certains musulmans s’opposent à la nouvelle loi sur les libertés religieuses dans le pays. Il a averti que les autorités suspendraient les imams qui utilisent leurs sermons pour diffuser des messages extrémistes. Il a également promis un soutien financier gouvernemental aux imams qui promeuvent ce qu’il a qualifié de discours religieux pacifique et responsable. Il a mentionné que des forces extérieures cherchent à utiliser la religion pour déstabiliser le Burkina Faso.
De plus, Traoré a annoncé un plan pour rapatrier les étudiants qui étudient la charia dans des pays arabes, affirmant que plus de 800 000 étudiants poursuivent des études islamiques à l’étranger sans acquérir de compétences professionnelles pratiques, avertissant que ceux qui refusent de revenir risquent de perdre leur nationalité burkinabé. Cette annonce fait suite à une directive gouvernementale publiée fin juin dernier, obligeant ceux qui souhaitent étudier à l’étranger à obtenir une autorisation préalable du ministère de l’Enseignement supérieur pour s’assurer que leurs programmes sont conformes aux priorités du gouvernement.
Le parlement de transition a adopté à l’unanimité le 20 juin dernier la loi sur les libertés religieuses controversée, que les autorités affirment viser à “ancrer le caractère laïque de l’État”. La loi prévoit des sanctions pénales et des amendes contre des pratiques jugées arbitraires par les autorités, notamment la mendicité forcée des enfants et le manque de transparence financière des organisations religieuses.
D’un allié à un adversaire
Avant l’adoption de la loi, des tensions étaient apparues dans la rue. Fin mai dernier, l’imam Mohamed Ishaq Kindo, l’une des figures les plus en vue du courant sunnite, a été arrêté après avoir critiqué le projet de loi. Traoré a évoqué dans son dernier discours cette arrestation et les manifestations qui ont suivi, affirmant qu’une “petite minorité d’extrémistes” est à l’origine des problèmes.
Après un rassemblement de fidèles demandant sa libération, les autorités ont fermé la plus grande mosquée sunnite de la capitale Ouagadougou, invoquant des risques de “trouble à l’ordre public”. Une source de sécurité a rapporté qu’environ une centaine de partisans de l’imam ont été transférés dans un camp qualifié par les autorités de “formation civique”. Auparavant, en avril, l’imam de Bobo Dioulasso, Mahmoud Baro, avait été arrêté dans des circonstances similaires, tandis que l’Institut de Tombouctou a noté qu’aucune information sur le sort de Kindo n’a été publiée depuis la répression des manifestations.
L’Institut de Tombouctou des études estime que cette rupture révèle les limites structurelles du “contrat implicite” entre le gouvernement et les milieux islamiques, sur lequel Traoré a construit une partie de sa légitimité populaire. En se retournant contre ses anciens alliés, il risque d’assécher une source importante de cette légitimité sans résoudre le problème de sécurité qu’il utilise pour justifier ses mesures.
Un fil israélien en arrière-plan
Parallèlement à ce durcissement intérieur, le capitaine Ibrahim Traoré a officiellement reçu le nouvel ambassadeur israélien, Simon Sarosi, à Ouagadougou pour la remise de ses lettres de créance, après que le magazine “Africa Intelligence” a précédemment révélé que la demande de créance soumise à l’été 2025 était restée en suspens jusqu’à son approbation discrète. Cette réception publique met fin à une période de prudence et de réserve imposée par l’entourage de Traoré pour préserver son image anti-occidentale, alors que les services de renseignement israéliens intensifient leurs échanges avec les pays du Sahel intéressés par leurs technologies de sécurité.
Entre un discours menaçant les “extrémistes” que “la bataille a commencé”, une loi adoptée à l’unanimité, et des imams dont le sort reste incertain, la question posée par l’Institut de Tombouctou demeure: la maîtrise de “la production de la légitimité publique” va-t-elle passer d’un outil de contrôle entre les mains du gouvernement à une nouvelle source de confrontation avec celui-ci?





