CE Qu’Il Faut Savoir
La République démocratique du Congo a sanctionné un général après ses accusations contre les femmes tutsi, les qualifiant de collectrices d’informations pour le Rwanda. Ces propos ont suscité une vague de critiques tant au niveau national qu’international, remettant en question les valeurs républicaines et la politique du pays envers la communauté tutsi.
Africa. La République démocratique du Congo a été plongée dans une tempête de critiques après les déclarations faites par le porte-parole de l’armée, le général Sylvain Ekenge, lors d’une interview télévisée sur la chaîne officielle le week-end dernier. Il a accusé des femmes tutsi de s’engager dans ce qu’il a qualifié de “stratégie d’infiltration” orchestrée par le Rwanda, appelant à interdire aux Congolais d’épouser ces femmes, les considérant comme un moyen de collecter des informations pour Kigali. Il a également affirmé que certaines d’entre elles donnaient naissance à des enfants “avec des traits tutsis complets”.
Ces déclarations ont suscité une large vague de colère, poussant l’état-major à suspendre ses fonctions en tant que porte-parole des forces armées, selon une source officielle. L’institution militaire a déclaré dans un communiqué que ses propos “ne sont pas conformes aux valeurs républicaines ni aux missions constitutionnelles”, soulignant qu’ils “ne reflètent pas la position de l’État ni celle du président Félix Tshisekedi ou du gouvernement”.
Le débat ne s’est pas limité au pays, l’opposant Nihemia Muelania, ancien directeur du bureau de l’ancien président Joseph Kabila, qualifiant ces déclarations d'”appel à la haine raciale” contre les tutsi, considérant qu’elles représentent la politique du gouvernement en raison de la position officielle d’Ekenge.
Réactions Internationales
À l’étranger, la Belgique a rejeté ce qu’elle a qualifié de “discours de haine”, ajoutant qu’il est “inacceptable de la part d’un représentant officiel”. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maximilien Prévot, a exprimé son choc face aux accusations portées contre les tutsi, affirmant que “la réconciliation nationale ne peut être atteinte qu’en impliquant toutes les composantes de la société”.
Cette crise survient à un moment où les tensions entre Kinshasa et Kigali s’intensifient, le Rwanda accusant son voisin depuis des années de tolérer des discours et des pratiques visant la minorité banyamulenge tutsie dans le Sud-Kivu. Elle coïncide également avec la poursuite du contrôle des rebelles du mouvement “M23”, soutenus par le Rwanda, sur de vastes zones de l’est du Congo, suscitant des craintes que de telles déclarations compliquent les efforts régionaux et internationaux visant à contenir le conflit dans la région des Grands Lacs.
Les tensions entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sont anciennes, remontant à des conflits armés dans la région des Grands Lacs. Les accusations de soutien aux groupes rebelles et de discrimination ethnique ont souvent exacerbé les relations entre les deux pays. La communauté tutsi, qui a subi des persécutions, est au cœur de ces tensions, et les discours de haine ne font qu’aggraver la situation déjà fragile dans la région.





