Africa-Press – Gabon. Du 3 au 5 février 2026, le consortium Brainforest-Minapyga-Keva Initiative réunit à Libreville une vingtaine d’acteurs de la société civile pour réviser les textes législatifs et réglementaires régissant les forêts communautaires au Gabon. Cet atelier technique, organisé dans le cadre du projet « Verdir les droits fonciers des communautés forestières », vise à combler les lacunes d’un cadre juridique complexe, coûteux et inadapté aux réalités du terrain, vingt-cinq ans après son adoption.
Vingt-cinq ans après l’introduction de la foresterie participative dans la législation gabonaise, le bilan reste contrasté. Si l’ambition de 2001 était de faire de la forêt un levier de lutte contre la pauvreté rurale, la réalité du terrain se heurte à un parcours du combattant bureaucratique. C’est pour lever ces verrous que les acteurs de la société civile se réunissent actuellement au siège de l’ONG Keva Initiative, pour une révision profonde du Code forestier. Il s’agira pour le consortium Brainforest-Minapyga-Keva Initiative de toiletter les textes régissant les forêts communautaires, corriger les lourdeurs administratives et les vides juridiques qui freinent le développement local depuis plus de deux décennies.
«Aujourd’hui, le consortium est réuni pour pouvoir initier un atelier de révision des textes de création et de gestion des forêts communautaires. Cela s’inscrit dans les droites lignes du ministère des Eaux et Forêts, qui a un code forestier en révision», explique Adley Kael Mounguengui Magangue, responsable adjoint du département des défenseurs de l’environnement à Brainforest.
Un cadre juridique obsolète et inadapté
Depuis 2001, le Code forestier gabonais permet aux communautés locales d’obtenir la gestion de portions du domaine forestier rural, avec pour objectif de promouvoir un développement local durable. Les forêts communautaires, dont les superficies varient entre 1 500 et 13 000 hectares, sont gérées par les communautés via leurs associations.
Pourtant, de nombreux défis persistent. La procédure de création est « longue, complexe et coûteuse », avec des étapes administratives multiples et des frais élevés. L’absence de définition claire du Domaine Forestier Rural entraîne des chevauchements d’usage et une insécurité juridique.
Plus grave, « l’appui technique gratuit de l’administration, prévu par la loi, est inexistant ». Les textes manquent de cohérence concernant les étapes de création, les documents à fournir et les terminologies. Des vides juridiques subsistent sur le fonctionnement des Comités de Gestion et les modalités des études préliminaires.
«Le ministère a sollicité les acteurs de la société civile pour apporter leurs pierres à l’édifice, vu que nous sommes des partenaires techniques dotés d’une expérience de terrain significative. L’objectif est de produire nos amendements, nos avis concernant les textes qui sont déjà établis par eux ou les propositions de textes qui ont passé, afin que quand ces textes sortent, il y ait moins de contestations de la part de la société civile et d’autres parties prenantes », a souligné Adley Kael Mounguengui Magangue.
Une approche participative pour une réforme consensuelle
Face à ces insuffisances, l’administration forestière a impliqué les OSC dans la révision. « On a un certain nombre de textes légaux, les arrêtés, les décrets et la loi elle-même qui nous sont soumis. On va faire des amendements et les renvoyer au ministère », précise Mounguengui Magangue Adley Kael.
Au-delà de la simple révision technique, l’enjeu est de « verdir » les droits fonciers. Financé par Rights and Resources Initiative (RRI) à travers le projet VERDIR, cet atelier ambitionne de placer les droits des communautés au cœur de la gouvernance des ressources naturelles.
Les propositions issues de ces trois jours de travaux porteront notamment sur la clarification des étapes de création, la mise en place de Comités de Gestion plus efficaces et la sécurisation des espaces forestiers ruraux. En apportant leur « pierre à l’édifice », les associations espèrent que la nouvelle mouture du cadre juridique sera enfin l’outil de développement durable tant attendu par les populations de l’arrière-pays.





