Africa-Press – Burkina Faso. Le jeudi 28 novembre 2025, le cinéaste burkinabè Koussoubé Abdoul Salam a animé une Master class à l’université UNEARTE de Caracas. Présent au Venezuela 22 au 28 novembre dernier, comme observateur international des élections et pour des échanges culturels, il revient aujourd’hui sur cette expérience. Dans cet entretien, il explique l’importance du film NABO et plaide pour un accord de coproduction cinématographique entre le Burkina Faso et le Venezuela.
Abdoul Salam Koussoubé : Je suis Koussoube Abdoul Salam, cinéaste, militant-panafricaniste. Je suis membre du Centre Thomas Sankara pour la Libération et l’Unité Africaine. Dans le cadre de mes activités militantes, j’ai été invité au Venezuela par un ami cinéaste que j’avais déjà rencontré en janvier 2025 à Caracas.
C’est ainsi que je me suis retrouvé, en novembre 2025, au Venezuela en tant qu’observateur international des 4e élections communales, mais également pour des échanges culturels et des activités cinématographiques avec mon ami cinéaste vénézuélien Thierry Deronne.
Abdoul Salam Koussoubé: Concernant le concept de cinéma engagé, je crois que nous avons encore beaucoup à apprendre des pays d’Amérique latine, notamment du Venezuela, de Cuba, du Nicaragua et de bien d’autres. Dans ces régions, au-delà de l’aspect artistique, le cinéma est un art profondément au service de la société, au service des luttes, et au service d’une vision d’État et d’un modèle de société assumé.
J’ai également eu la chance de découvrir de remarquables films vénézuéliens qui s’inscrivent pleinement dans cette logique de cinéma engagé, de cinéma social, de cinéma du réel, reflétant les dynamiques et réalités de la société vénézuélienne. Je pense notamment au documentaire Comment le Venezuela déplace les montagnes? coréalisé par Thierry Deronne.
Ce fut un échange extrêmement enrichissant ; partage de l’expérience cinématographique du Burkina Faso, de la mise en place de nouveaux dispositifs d’accompagnement cinématographique à travers la nouvelle vision portée par le capitaine-président Ibrahim Traoré, matérialisée par la création de l’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel (ABCA).
Les étudiants ont beaucoup apprécié le film court métrage NABO, notamment le style narratif de la réalisatrice. Ils ont été touchés par la sensibilité du film et ont posé de nombreuses questions afin de mieux comprendre notre modèle de formation et notre processus de production cinématographique. Ce fut un moment de partage très riche.
Abdoul Salam Koussoubé : Nous nous sommes essentiellement appuyés sur le modèle de notre incubateur Ouaga Tout Court, dont l’objectif est d’accompagner de jeunes auteurs africains depuis l’idée du film, en passant par la formation et la production, jusqu’à la diffusion et la circulation de l’œuvre.
C’est notre propre expérience que nous avons partagée, une expérience inscrite dans une démarche artistique de plus en plus assumée, le cinéma du réel, le cinéma engagé, un cinéma qui reflète le quotidien et les aspirations de nos populations.
Au cours de la session, nous avons projeté le court métrage NABO, œuvre de la réalisatrice burkinabè Mariama Komi, qui signe là son premier film et que nous avons eu le bonheur d’accompagner. Ce film parle du quotidien des femmes burkinabè, de leur combat, de leur combativité.
Des femmes qui ne s’apitoient pas sur leur sort mais qui, avec dignité et force, contribuent à l’éducation de leurs enfants et à l’équilibre de leur foyer. C’est cette démarche artistique humaine, réelle et profondément ancrée dans nos réalités que nous avons voulu partager.
Abdoul Salam Koussoubé: NABO retrace l’évolution d’une femme battante et combative qui, en tant que mère éducatrice, parvient à transformer positivement l’habitude patriarcale de son mari au bénéfice de l’éducation de leurs enfants. C’est une histoire forte, humaine, qui reflète fidèlement la réalité de la société burkinabè.
Ce cinéma du réel, ce cinéma profondément humain, a suscité une écoute attentive et une forte réceptivité. Contrairement aux narratifs négatifs souvent véhiculés sur la femme africaine, présentée comme naïve, soumise et passive, le film court métrage NABO propose une image radicalement différente. Le film a été très bien accueilli.
Nous réfléchissons déjà à la possibilité de le faire circuler davantage, cette fois-ci en présence de la réalisatrice, à travers des projections dans des centres sociaux et des espaces fréquentés par des femmes. L’objectif est de créer un lien entre la lutte quotidienne des femmes du Burkina Faso et celles d’Amérique latine et plus largement d’Afrique.
Abdoul Salam Koussoubé: J’ai mené cette mission dans une démarche militante, sociale et de partage d’expériences. J’ai énormément appris de l’expérience vénézuélienne, notamment sur la formation au cinéma populaire, l’approche du documentaire de vérité, un cinéma qui suit les luttes et témoigne de la vie des populations.
C’est un cinéma qui me touche profondément, qui me fascine, et que j’ai fortement envie d’expérimenter, notamment à travers des collaborations artistiques avec des cinéastes vénézuéliens.
Abdoul Salam Koussoubé: Le Burkina Faso et le Venezuela disposent historiquement d’un accord de coopération, récemment renouvelé et dynamisé sous l’ère du président Ibrahim Traoré. L’an dernier, le ministre des Affaires étrangères du Venezuela s’est rendu au Burkina Faso, et en début d’année 2025, le président de l’Assemblée nationale burkinabè était en visite officielle au Venezuela.
Une commission mixte a été mise en place entre les deux pays, ce qui augure de perspectives très positives. En tant qu’acteurs du cinéma burkinabè et vénézuélien, nous avons exprimé de part et d’autre la nécessité de mettre en place un accord de coproduction cinématographique. J’ai personnellement fait remonter cette proposition aux autorités burkinabè, qui l’ont accueillie favorablement.
La prochaine étape sera l’opérationnalisation des décisions issues de la commission mixte, suivie de la mise en œuvre de projets de coopération dans plusieurs domaines: culturel, social, militaire, entre autres.
Abdoul Salam Koussoubé : Le Burkina Faso a une très grande expérience cinématographique à travers le FESPACO, qui a fêté, il y a déjà quelques années, son cinquantenaire. Cela veut dire que nous avons une très grande expérience à partager. L’Amérique latine a également une très longue histoire de luttes de libération, un processus dans lequel le Burkina Faso et l’AES s’inscrivent.
Donc, aussi bien historiquement, artistiquement, cinématographiquement que culturellement, nous avons, de part et d’autre, des expériences diverses à partager. Et c’est en cela que j’ai vraiment grand espoir et que j’ai vraiment foi en la coopération entre l’Afrique et l’Amérique latine.
Cette nécessité est non seulement du point de vue historique mais aussi du point de vue géographique. Parce que vous vous rendez compte que même le déplacement, les échanges, la libre circulation, entre ces deux entités géographiques qui ne sont pas totalement éloignées, nous sommes obligés encore de passer par d’autres continents pour pouvoir réaliser des échanges.
Cela n’est pas normal. Il faut que nous puissions dynamiser les échanges entre ces deux entités, aussi bien au niveau commercial, culturel, social, académique que professionnel, pour vraiment rapprocher nos deux peuples, parce que nous sommes un même peuple commun, la grande famille des peuples africains, des peuples Noirs.
Car, au fond, nous sommes un même peuple, la grande famille des peuples africains et afro-descendants, unis par l’histoire, la lutte et la quête commune de dignité et de liberté.
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