Santé mentale: voici pourquoi l’accès aux soins dépend de qui et d’où vous êtes?

Santé mentale: voici pourquoi l'accès aux soins dépend de qui et d'où vous êtes?
Santé mentale: voici pourquoi l'accès aux soins dépend de qui et d'où vous êtes?

Africa-PressBurkina Faso. Le dimanche 10 octobre est la Journée mondiale de la santé mentale, un événement mondial qui vise à sensibiliser le public aux problèmes de santé mentale.

Le thème de cette année, fixé par la Fédération mondiale pour la santé mentale (FMSM), est “la santé mentale dans un monde inégal”.

Selon la Fédération mondiale pour la santé mentale, entre 75 et 95 % des personnes souffrant de troubles mentaux dans les pays à revenu faible ou intermédiaire n’ont aucun accès aux services de santé mentale.

Cependant, de nombreuses personnes vivant dans des pays plus riches ont également du mal à accéder aux services dont elles ont besoin.

La BBC s’est entretenue avec un ancien patient, la mère d’un patient, un soignant et un psychiatre, chacun d’un pays différent, et a demandé pourquoi les personnes dans le besoin ont du mal à obtenir de l’aide.

Situation en Afrique

En Afrique de l’Ouest, la santé mentale souffre d’une faible prise en charge dans les politiques nationales de santé.

Au niveau mondial, les pays africains comptent parmi les plus faibles effectifs de professionnels de la santé mentale pour 100 000 habitants.

Les données les plus récentes de l’Organisation mondiale de la santé datent de 2016.

Par exemple, cette année-là (2016), le Sénégal comptait à peine 2 psychiatres pour 100 000 personnes, et le Tchad seulement 0,007. Vous pouvez comparer cela à la Suède qui, cette année-là, comptait 20,8 psychiatres pour 100 000 personnes.

Pendant ce temps, les besoins en santé mentale ne semblent qu’augmenter sur le continent.

“Entre 2000 et 2015, la population du continent a augmenté de 49%, mais le nombre d’années perdues pour cause d’invalidité en raison de troubles mentaux et de consommation de substances a augmenté de 52%”, peut-on lire dans un rapport de 2018 du Lancet Global Health.

Peu après son mariage, le mari de P Thiruchelvi commence à abuser d’elle, voire à la “torturer”.

L’expérience est si traumatisante qu’il est encore douloureux pour P Thiruchelvi de se remémorer son calvaire.

Elle donne naissance à un fils, mais plusieurs années plus tard, en 2009, son mari les abandonne lorsqu’elle développe des troubles mentaux à la suite des abus subis.

Thiruchelvi et son fils se sont rapidement retrouvés sans abri, sans le sou et affamés dans le district de Gudalur, dans l’État du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Elle n’avait même pas de document prouvant son identité.

Elle se sentait gravement déprimée mais n’avait personne pour la soutenir.

En Inde, il est très difficile d’obtenir des soins de santé publics si l’on ne possède pas de carte d’identité.

Comme beaucoup d’autres, Thiruchelvi n’avait aucun document prouvant son identité et aucune adresse fixe, et n’avait donc aucune possibilité d’obtenir la carte.

Ne pouvant bénéficier d’aucun traitement dans les établissements publics, la santé mentale de Thiruchelvi s’est détériorée.

“Je ne savais pas quoi faire ni où aller. J’ai même pensé à me suicider”, dit-elle.

Thiruchelvi réussit à se rendre dans la capitale de l’État, Chennai, où elle est repérée par l’équipe d’une organisation caritative, Banyan.

À l’époque, Banyan travaillait sur un projet visant à aider les sans-abri.

Les choses se sont améliorées pour Thiruchelvi et son fils grâce à l’organisation caritative : elle est logée dans un hôtel et commence à recevoir un traitement.

Aujourd’hui, elle vit de manière indépendante et met en relation les familles qui ont du mal à obtenir de l’aide pour leurs problèmes de santé mentale avec des organisations qui fournissent des soins de santé.

Elle travaille également en étroite collaboration avec les enfants dont les parents souffrent de maladies mentales pour leur permettre d’accéder à une aide.

Un tiers des Sud-Africains souffrent d’une maladie mentale, selon Philippa Reekie, une militante de la santé mentale en Afrique du Sud.

Elle explique que la tranche d’âge des 15-25 ans est particulièrement préoccupante et que le nombre de suicides dans cette tranche d’âge augmente chaque année.

Mais il y a une pénurie de travailleurs de la santé mentale, et un manque chronique de psychiatres.

“Les soins communautaires sont sous-financés”, dit Reekie. “Il y a très peu de services pour les enfants ou les adolescents qui sont particulièrement vulnérables”.

“Il n’y a que 22 établissements psychiatriques spécialisés en Afrique du Sud. Beaucoup de ces établissements sont en très mauvais état.”

La Commission sud-africaine des droits de l’homme a fait état d’une mauvaise gestion financière et d’un manque chronique de personnel dans ces établissements.

Mais les conditions dans les hôpitaux généraux pour les patients souffrant de problèmes de santé mentale laissent également beaucoup à désirer.

“On rapporte que des patients souffrant de troubles mentaux n’ont pas accès à des salles de bain fonctionnelles et que les salles de bain des services psychiatriques manquent d’intimité. Dans de nombreux hôpitaux, il n’y a pas assez de lits dédiés aux patients souffrant de troubles mentaux”, explique M. Reekie.

Comme dans de nombreux autres pays, la stigmatisation associée à la maladie mentale empêche les gens de demander de l’aide.

“Mais la question est de savoir, même s’ils le demandent, quelle aide est disponible ?” demande Philippa.

Le psychiatre : “on nous donne environ dix minutes par patient”

Le Dr Vera (ce n’est pas son vrai nom) travaille en tant que médecin en Russie depuis 45 ans.

Elle travaille actuellement en tant que psychiatre dans un centre de santé gouvernemental, ainsi que dans une clinique privée. Elle demande à rester anonyme pour des raisons professionnelles.

Le Dr Vera explique à la BBC que de très bons soins de santé mentale sont disponibles en Russie, mais qu’ils sont essentiellement réservés aux personnes aisées.

Bien qu’il y ait beaucoup plus de psychiatres à Moscou qu’auparavant, dit-elle, les services pour les patients plus pauvres peuvent ne pas être à la hauteur des normes requises.

“Il y avait très peu de psychiatres à l’époque soviétique”, dit-elle à la BBC. “Aujourd’hui, il y a un psychiatre résident dans chaque jardin d’enfants et chaque école – tous sont gratuits”.

Mais cela ne signifie pas, selon elle, que tout le monde a un meilleur accès à des soins de santé mentale adéquats.

Lorsque le Dr Vera travaille dans une clinique privée, elle dit qu’elle ne doit traiter que quatre à dix patients au cours de son service, et que chaque patient peut s’attendre à passer environ 30 minutes avec elle.

Mais dans son centre de santé public, elle doit traiter une quarantaine de patients pendant son service.

“On nous donne environ 10 minutes par patient”, dit-elle.

Alors que ceux qui fournissent des soins de santé mentale gratuits gagnent à peine de quoi survivre, dit-elle, le secteur privé est lucratif pour les travailleurs de la santé.

“Pour cette raison, ils essaient de gagner plus d’argent. Malheureusement, aujourd’hui, tout le monde veut de l’argent. Mais ils [les soins de santé privés] sont chers et tout le monde ne peut pas se les payer”, explique le Dr Vera.

Le système public de santé mentale est d’autant plus sollicité que chaque patient nécessite de multiples visites et un traitement continu, ajoute-t-elle.

Selon elle, le stress du monde moderne a entraîné une augmentation des problèmes de santé mentale chez les enfants, et un seul psychiatre dans une école de 1 000 élèves ne suffit pas.

“Nous avons besoin de plus en plus de psychiatres pour faire face au niveau actuel des problèmes psychologiques dans notre société”, estime-t-elle.

La mère : “laisser ma fille dans l’établissement m’a fait me sentir suicidaire”

Lorsque la fille aînée de Rachel Bannister montre des signes de maladie mentale et développe des troubles de l’alimentation, le médecin local de Nottinghamshire, en Angleterre, réagit assez rapidement et avec toute l’attention requise.

On ne peut pas en dire autant des services secondaires de santé mentale.

“En raison des effectifs et du niveau de stress du personnel, il y avait beaucoup de congés maladie. Il n’y avait donc que des rendez-vous très occasionnels pour consulter des consultants et suivre une thérapie clinique”, explique Rachel.

“Il n’y avait donc aucune sorte de thérapie établie et aucune possibilité de construire cette relation thérapeutique vraiment importante qui est importante dans n’importe quel domaine des soins de santé, mais surtout en matière de santé mentale.”

En conséquence, les troubles alimentaires de la fille de Rachel se sont aggravés, elle a perdu du poids et sa santé générale s’est détériorée.

“Les soins ont été très erratiques pendant près de deux ans”, se souvient Rachel.

Rachel et sa fille sont d’abord envoyées pour être soignées dans une clinique située à 80 km de leur domicile, puis dans une seconde à 160 km, et enfin en Écosse, soit un voyage de 500 km en avion.

Rachel dit qu’elle s’est elle-même sentie suicidaire lorsqu’on l’a conduite à l’aéroport après avoir déposé sa fille à l’hôpital.

Cette mère de trois filles se dit convaincue que sa difficulté à trouver des soins de santé adéquats près de chez elle est due au manque de financement du gouvernement et aux récentes coupes dans les services de santé britanniques.

En réponse au cas de Rachel, le ministère britannique de la santé souligne dans un communiqué qu’il est “pleinement engagé à mettre fin au cauchemar des placements hors zone inappropriés pour les enfants”

Inégalités et restrictions

Les pays les plus riches du monde dépensent 650 fois plus par habitant pour les soins de santé mentale que les pays les plus pauvres, selon le dernier rapport de l’OMS sur le sujet (publié le 8 octobre 2021).

Mais ces dépenses ne représentent qu’une infime partie des dépenses publiques totales de santé – moins de 4 % dans les pays les plus riches et un peu plus de 1 % dans les nations les plus pauvres du monde.

Selon le même rapport, les dépenses publiques par habitant consacrées aux hôpitaux psychiatriques dans les pays les plus riches du monde ont été divisées par deux entre 2017 et 2020.

Le Dr Trudi Seneviratne, du Collège royal des psychiatres, affirme que même dans un pays développé comme le Royaume-Uni, “on ne prête pas suffisamment attention à nos problèmes de santé mentale ou à notre vulnérabilité à développer des problèmes de santé mentale.”

“La stigmatisation est encore énorme et les gens ne sont pas à l’aise pour parler de leur maladie mentale”, ajoute-t-elle.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here