Mort du Chef D’état‑major Libyen et Impact Politique

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Mort du Chef D’état‑major Libyen et Impact Politique
Mort du Chef D’état‑major Libyen et Impact Politique

Thabet Al-Amour, chercheur en sciences politiques

CE Qu’Il Faut Savoir

Le décès du Chef d’État-Major libyen, le général Mohamed Ali Haddad, dans un accident d’avion, soulève des préoccupations majeures concernant l’avenir militaire et politique de la Libye. Sa mort intervient dans un contexte de tensions entre factions rivales et de tentatives internationales de réconciliation, rendant son absence d’autant plus significative.

Africa. Le Chef d’État-Major de l’armée libyenne, le général Mohamed Ali Haddad, et quatre de ses accompagnateurs ont perdu la vie dans un accident d’avion après le décollage de l’aéroport d’Ankara, le 23 décembre 2025. Dans un contexte politique et sécuritaire complexe, la mort de Haddad, survenue dans des circonstances qualifiées de “floues”, soulève des questions légitimes sur les conséquences politiques et militaires de l’absence de cet homme qui dirigeait le projet de réunification des forces armées libyennes.

La disparition du Chef d’État-Major représente un développement majeur dans un paysage politique et militaire déjà fragile. Dans un pays en proie à une division prolongée entre deux gouvernements rivaux et à la présence de forces armées aux loyautés multiples, l’absence d’une figure militaire centrale redistribue les cartes et soulève des interrogations sur l’avenir de l’équilibre militaire et le sort des efforts visant à unifier l’institution militaire.

La mort du Chef d’État-Major libyen survient à un moment critique, alors que le dossier libyen fait face à des tentatives internationales difficiles pour rétablir l’unité des forces armées, au milieu d’une intensification de la concurrence entre des chefs militaires de l’est et de l’ouest, et d’un réseau d’intérêts locaux et régionaux aux liens internationaux évidents.

L’accident de Haddad a rapidement évolué d’un simple incident aérien à un événement national d’une grande portée, dont les implications dépassent les dimensions humaines pour engendrer des conséquences politiques et institutionnelles larges. Cela se reflète dans la densité des réactions locales et internationales, ainsi que dans la rapidité de la réponse officielle pour ouvrir des enquêtes, alors que les circonstances de la chute sont encore minutieusement surveillées par les deux parties, libyenne et turque. Les manifestations de l’événement et ses conséquences se sont manifestées par les foules qui se sont rassemblées pour les funérailles de Haddad et de ses compagnons.

Le Chef d’État-Major, dans le contexte libyen, n’était pas seulement un leader militaire, mais aussi un acteur politique au sein d’un réseau d’équilibres délicats. La particularité de ce poste en Libye est qu’il ne représente pas seulement une fonction technique, mais constitue un maillon central dans l’équilibre des forces militaires et politiques, surtout en présence d’armées parallèles, de factions armées et d’interventions extérieures.

Ainsi, son absence ouvre la voie à une compétition acharnée pour le poste, menaçant l’effondrement des accords fragiles en cours. Cela ravive le débat sur l’avenir du parcours militaire et sur la capacité de l’institution militaire libyenne à poursuivre ses efforts de réunification, surtout en l’absence de personnalités ayant joué des rôles clés dans l’établissement d’équilibres délicats au sein du paysage militaire. Entre ces enjeux, les répercussions et les conséquences varient dans la réponse à la question: l’accident était-il planifié ou simplement fortuit?

La mort du Chef d’État-Major libyen survient dans un contexte fragile des trajectoires libyennes, tant politiques que militaires, à un moment où les initiatives internationales pour relancer le processus de règlement politique se multiplient, tandis que les efforts pour rétablir l’unité des forces armées se heurtent à une réalité marquée par une augmentation des indicateurs d’insécurité et d’assassinats politiques dans certaines régions.

Les conséquences de l’absence soudaine du Chef d’État-Major libyen représentent un coup dur pour l’institution militaire en Libye occidentale, car Haddad n’était pas simplement un leader militaire traditionnel, mais une figure clé ayant joué un rôle essentiel dans les tentatives de réunification des forces armées et de gestion des conflits locaux à Tripoli et dans ses environs. Il était un facteur d’équilibre, un lien entre l’est et l’ouest du pays, et un visionnaire institutionnel qui, malgré sa lenteur, a cherché à intégrer les brigades armées, à mettre fin à la division militaire et à établir des relations militaires équilibrées avec des partenaires internationaux. Il avait fait des progrès significatifs dans le dossier de la restructuration au sein de la région occidentale, en plus de son rôle dans le comité militaire “5+5”, qui œuvre à l’unification de l’armée entre l’est, l’ouest et le sud, surtout que le dossier de la construction de l’institution militaire libyenne est l’un des plus complexes dans le paysage politique et sécuritaire, en raison de la persistance de la division, de la multiplicité des centres d’influence et de la domination des formations armées sur le terrain, face à des tentatives répétées de restructurer et d’unifier l’armée dans un cadre national inclusif.

L’absence soudaine de Haddad à ce moment critique pourrait perturber la coordination au sein de la région occidentale et raviver la compétition pour les loyautés locales et régionales, surtout en l’absence d’un successeur permanent qui bénéficie d’une large acceptation et d’une vision unificatrice. Cela menace de ralentir le processus d’unification de l’armée et rend les équilibres militaires plus fragiles à une étape qui connaissait un rétablissement relatif et des débuts de réformes institutionnelles nécessitant un leadership fort, accepté et d’une expérience difficile à remplacer rapidement.

Le décès du Chef d’État-Major de l’armée libyenne constitue un événement charnière dans le contexte complexe libyen, où les divisions militaires se croisent avec les tensions politiques et l’instabilité institutionnelle entre l’est et l’ouest du pays. Cette mort survient à un moment délicat marqué par des tentatives de restructuration de l’institution militaire, au milieu d’une lutte de pouvoir régionale et internationale intense. Cela conduit aux scénarios suivants:

– Assimilation de l’événement et de ses conséquences avec la nomination d’un remplaçant consensuel, un scénario peu probable en raison de la difficulté d’atteindre un consensus interne et externe. La mort du Chef d’État-Major pourrait entraîner une intensification des conflits internes entre des officiers supérieurs, chacun cherchant à renforcer son influence ou à progresser dans la hiérarchie militaire, surtout en l’absence d’une structure unifiée et complète pour l’armée.

– Intensification du conflit au sein de l’armée, un scénario probable, surtout si plusieurs parties internes et externes s’impliquent dans la compétition pour succéder à Haddad. L’absence d’une personnalité influente au sein de l’institution militaire pourrait conduire à une course des pôles d’influence pour occuper le poste, menaçant de provoquer un effondrement plus important de l’institution. Des acteurs internes et régionaux pourraient exploiter ce vide pour imposer des noms qui leur sont favorables, approfondissant ainsi la division entre les camps de l’est et de l’ouest.

– Échec du consensus ou de la nomination, ce qui entraînerait un blocage des efforts d’unification de l’armée et l’expansion du phénomène des milices rivales. En Libye, où la politique se mêle aux armes et aux loyautés aux transactions, la mort du Chef d’État-Major pourrait ne pas être simplement une perte militaire, mais un maillon dans une série de luttes pour le pouvoir, l’argent et les armes. La Libye, qui possède la plus grande réserve de pétrole en Afrique, dépassant 45 milliards de barils, rend la lutte régionale plus intense pour ces ressources, et la volonté d’obtenir le maximum d’opportunités d’investissement étranger dans ce secteur est un enjeu que les acteurs internes et externes cherchent à atteindre, tant pour des gains économiques légitimes que parfois illicites.

En Libye, rien ne se produit en dehors du contexte complexe du conflit régional et des équilibres délicats entre les centres d’influence. Ainsi, la visite du Chef d’État-Major décédé en Turquie, suivie de sa mort soudaine, n’est pas simplement une coïncidence temporelle, mais pourrait être la clé pour comprendre un conflit caché sur l’avenir de l’institution militaire libyenne et les limites des alliances permises. Si les circonstances de ce qui s’est passé ne sont pas révélées, l’ambiguïté restera une arme entre les mains de ceux qui planifient dans l’ombre et tuent en public. Si un lien entre la mort de Haddad et une transaction d’armement avec le Pakistan est établi, cela mettrait en lumière la profondeur de la crise au sein de l’institution militaire libyenne et soulèverait des questions inquiétantes sur qui gère réellement ce dossier souverain sensible.

En conclusion, la mort du Chef d’État-Major libyen n’est pas un événement anodin, mais reflète la fragilité de la structure militaire et politique en Libye, mettant en évidence l’interconnexion entre la question sécuritaire et les tensions régionales et internationales. L’avenir proche montrera si les élites libyennes sont capables de surmonter ce moment par un consensus national, ou si les répercussions plongeront la Libye dans un nouveau chapitre de divisions au sein d’un des éléments les plus importants de l’État: l’armée.

La Libye a connu une instabilité politique et militaire depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, avec des luttes de pouvoir entre différentes factions. Le pays est divisé entre un gouvernement reconnu par la communauté internationale à Tripoli et des forces rivales basées à l’est. Cette situation a engendré des conflits armés et des tentatives de réconciliation, souvent entravées par des intérêts étrangers et des rivalités internes.

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